L’avenir du Photovoltaïque

La filière photovoltaïque et l’ensemble des énergies renouvelables traversent une passe difficile.
Pourtant, au delà de ces péripéties, les énergies renouvelables ont un rôle majeur à jouer dans la relance de notre économie.
Cela est vrai sur le plan macroéconomique, mais c’est vrai aussi pour les régions pour lesquelles nos projets sont un facteur important de développement.
Par nos projets, nous créons des emplois dans de nombreuses PME, et nous favorisons l’éclosion d’activités économiques qui ont du sens.
Nous sommes bien loin d’être l’activité improductive et utopique dénoncée par ceux qui veulent freiner ou entraver le libre développement de cette forme d’énergie.
Au delà des mots et des concepts, nos centrales de production sont avant tout des réalités, avec des gens passionnés qui s’investissent dans ces projets.

Pour s’en convaincre, j’ai pensé que le mieux est de vous présenter ces quelques images:

Dépôt de bilan de Q-Cells

Quelques jours après Evasol, quelques mois après Photowatt, voilà que Q-Cells dépose à son tour le bilan.

Le symbole est énorme : Q-Cells était l’exemple type de l’industrie allemande du solaire. L’entreprise, créée ex-nihilo à la fin des années 1990, s’était imposée en quelques années comme l’un des leaders mondiaux de la fabrication de cellules photovoltaïques, et employait plus de 2000 personnes.

L’entreprise s’était diversifiée sur les segments de la fabrication de modules ainsi que sur les prestations « clé en main » (contractant général).

Elle a ensuite dû faire face à la concurrence chinoise qui a eu raison d’elle malgré ses efforts pour délocaliser certaines de ses usines en Asie.

Il y a fort à parier que les détracteurs de l’industrie solaire feront leurs choux gras de cet événement, et que nombre de politiques français affirmeront avec assurance que ce n’est pas leur politique qui a eu raison de l’industrie solaire française,  preuve en est la faillite de Q-Cells, de Solon ou d’autres entreprises allemandes.

Or, ce n’est pas tant l’industrie chinoise qui a eu raison de Q-Cells, mais aussi et surtout la fin de l’ensemble des politiques européennes de soutien à la filière solaire, par le biais des tarifs d’achat en diminution extrêmement rapide et brutale.

Il semble en effet que soit lancée depuis quelques mois une surenchère de politiques minimalistes en la matière en Europe. L’Allemagne, locomotive du marché mondial, vient ainsi d’annoncer une diminution de 20 à 30% des tarifs d’achat. L’addition de ces réductions, qui concernent tous les pays européens – à l’exception de l’Italie pour le moment – a ainsi engendré un déstockage massif de panneaux qui profite essentiellement aux sociétés disposant d’avantages compétitifs : les chinois. Ajoutons à cela un atout majeur des chinois : la capacité pour leurs entreprises d’emprunter facilement, et de mobiliser des aides d’Etat pour faire face à des périodes de stocks importants.

Est-ce une mauvaise chose ?

Si l’on peut amèrement regretter l’inconstance des politiques européennes ayant entrainé ou accéléré la déroute de l’industrie européenne, le fait que les panneaux soient chinois n’est pas tant une mauvaise nouvelle, pour autant que l’on accepte l’idée de la mondialisation.

En effet, si l’on veut voir le verre à moitié plein, l’avenir de l’industrie solaire est au moins autant dans les systèmes (en anglais, le « Balance of System », BoS) que dans les panneaux, le BoS représentant aujourd’hui  les 2/3 du coût d’une centrale. Et en termes d’emplois, près de 80%. Produire des panneaux chinois ne signifie donc pas pour autant qu’il n’y a pas un avenir radieux pour une industrie des systèmes en Europe.

D’autre part, les chinois – dont il ne faut pas oublier qu’ils nous fournissent aujourd’hui la quasi totalité des ordinateurs, textiles, jouets, etc. qui représentent bien davantage d’importations que ce que nous importons chaque année en panneaux solaires – contribuent efficacement à l’accélération de baisse des coûts du solaire et l’avènement de la parité du solaire avec l’énergie dite « grise ». A l’heure où il nous faut accélérer rapidement la mutation de notre système énergétique vers un système décarboné et dénucléarisé, les chinois offrent une opportunité que nous aurions mauvais jeu à saisir pour transformer nos sociétés.

Et une victime de plus !

La société Evasol, l’un des fleurons français du photovoltaïque à destination des particuliers, basée dans la région Lyonnaise, a été mise en redressement judiciaire la semaine dernière. Créée par Stéphane Moreau, manager expérimenté, ancien collègue et ami, la société brillait par une approche commerciale exemplaire et un professionnalisme sans faille. Elle s’était imposée comme le leader de son domaine et tout portait à croire qu’elle avait un avenir radieux devant elle.

Encore une victime de la politique gouvernementale inconséquente et erratique sur le photovoltaïque. Faut il que les sociétés tombent les unes après les autres pour que nos chers gouvernants réalisent enfin leurs erreurs ?

Et ce n’est pas terminé. Il y a fort à parier que le second semestre 2012 verra nombre de constructeurs déposer le bilan ou arrêter leur activité dans le solaire, en raison de la chute vertigineuse de leur carnet de commandes. En effet, au 1er juin 2012, les derniers  projets concernés par le « moratoire » de décembre 2010 devront avoir été achevés. S’ouvrira alors la période de « l’après moratoire », c’est à dire la construction des projets bénéficiant des nouveaux tarifs instaurés à partir de mars 2011. Or, l’on sait que le rythme de constructions devrait chuter en moyenne d’environ 70 à 80%, ce que ne pourront absorber les PME qui n’étaient spécialisées que dans le solaire.

Pour revenir à Evasol, la société a du repositionner son modèle sur les économies d’énergie. Souhaitons à Stéphane Moreau de pouvoir redresser sa belle entreprise. Il le mérite.

Total scandale, encore et toujours…

Un article dans l’Expansion, dénonce l’attitude de Total, accusé d’avoir sous-évalué le montant des redevances à verser à l’Etat fédéral américain et à des communautés indiennes pour l’extraction de gaz naturel. Pire, Total aurait payé 15 millions de dollars aux autorités américaines pour mettre fin aux poursuites dont il était l’objet.
Je comprends encore mieux l’intérêt de Total pour les Etats-Unis, à travers l’acquisition de SunPower faite au prix de la filière photovoltaïque française (Tenesol) et de dommages collatéraux (rupture contractuelle avec Sun’R, entre autres).
Peut on rêver qu’un jour, les agences de notation (en responsabilité sociale, sociétale et environnementale), les journalistes, et la société civile puissent dénoncer avec efficacité les abus de certains grands groupes et les forcer à devenir exemplaires  ?
Car ce sont essentiellement ces grands groupes qui occupent le devant des colloques et conférences de toutes sorte, pour parler et donner des leçons sur leur éthique, leurs actions au service de la planète, ou encore sur leur engagement social et sociétal…. alors que la réalité de leurs actions est d’une toute autre nature.
Déprimant…

Crédit Photo : L’expansion 

Greenwashing ou Greenbacking ?

« Accélérer aussi notre engagement dans l’énergie solaire. Présent depuis plus de 25 ans dans la filière solaire, Total franchit un cap technologique et industriel grâce à son entrée au capital de SunPower. Notre ambition : développer une activité solaire fiable, performante et compétitive et devenir l’un des leaders mondiaux de ce secteur. L’énergie est notre avenir : économisons-la ! »
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Voilà ce que l’on peut lire dans une pleine page de publicité ce matin dans « Les Echos ».
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J’aurais écrit :
« Accélérer notre désengagement dans l’industrie solaire française. Présent depuis plus de 25 ans dans la filière solaire française, Total franchit un nouveau cap financier et fiscal en cédant son activité solaire (Tenesol) à SunPower, société américaine, dans laquelle il vient d’entrer au capital, lui permettant de réduire ses impôts en France et d’augmenter ses profits à l’étranger. Notre ambition : améliorer notre image grâce au solaire, tout en réalisant nos investissements dans des pays comme les Etats-Unis où le taux d’imposition est moindre. L’argent est notre avenir : réduisons nos impôts ! »
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L’article qui suit la page de publicité dans « Les Echos »  illustre parfaitement l’abandon par Total de toute stratégie industrielle dans le solaire français ou européen, pour se concentrer exclusivement sur le marché nord américain. Au passage, Total fustige la concurrence déloyale des panneaux chinois auprès de SunPower.
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Étrange plainte lorsque l’on voit comment Total se comporte…

Photowatt « sauvé » par EDF ?

Le 11 février, est paru dans Le Monde un excellent article sur Photowatt, sauvé par EDF sur ordre présidentiel de Sarkozy.

Belle ironie de l’histoire.

Après que EDF ait étudié plusieurs années durant l’intérêt ou non d’acquérir Photowatt – alors que cela était intéressant il y a 7 ou 8 ans – voilà notre électricien national obligé d’acquérir contre son gré, en 2012, cette entreprise dont on se demande comment il pourra la sauver. Ironie d’autant plus grande qu’EDF est largement responsable de la sinistrose qui s’est abattue sur le secteur photovoltaïque depuis 2010. En effet, EDF a tout fait pour discréditer la filière photovoltaïque et les énergies renouvelables en général, afin de contenir au maximum la CSPE et pouvoir augmenter les tarifs de l’électricité à son profit.
Le malheur que pointent les récents sauvetages présidentiels (Lejaby, Photowatt, et la tentative avortée pour SeaFrance) c’est bien la carence désespérante et coupable de certains grands industriels français dans le soutien aux PME. La relation entre les grands groupes et les PME ne doit pas se résumer au rachat des seconds par les premiers à la barre du tribunal. Il est encore temps de réagir pour sauver tout le savoir faire et l’expérience accumulés dans de la filière photovoltaïque : que les grands groupes commencent tout simplement par respecter leurs engagements en matière de délai de paiement , que EDF effectue les raccordements au réseau dans les délais prévus… et de très nombreuses PME pourront être sauvées sans attendre un le dépôt de bilan.

2012 – l’année de la résurrection de Sun’R !

D’aucuns prédisent la fin du monde pour 2012…

En ce qui concerne le groupe Sun’R, 2012 marque l’année de la résurrection.

Malgré les dommages très importants et irréversibles créés par TOTAL, nous avons réussi le pari de redresser notre groupe.

Alors qu’il était écrit que nous ne nous relèverions pas du coup porté par TOTAL, nous avons réussi à céder des projets, lever de l’argent, construire de nouveaux projets, et réduire nos délais de construction afin de respecter les délais imposés par le moratoire.

Il faut pouvoir tirer parti de toute chose. Le plan social que j’ai hélas dû mettre en œuvre, a débouché sur une équipe réduite mais déterminée et définitivement soudée par le feu des épreuves traversées. Nous avons tous pris 10 ans de maturité en 6 mois.

La confiance de nos partenaires historiques, en particulier les PME que nous faisons travailler, a été renforcée, malgré le fait que plusieurs d’entre eux ont eu des créances gelées par les procédures collectives.

Nos avocats (Tolomei), Commissaire aux comptes (Saint Germain Audit), expert-comptable (C2 Experts), mais également les organes de procédure (Maîtres Thevenot, Leloup Corre) nous ont soutenu et accompagné alors qu’il aurait été sans doute plus facile de jeter l’éponge.

Ils m’ont aidé à déjouer les pièges que certains ont voulu nous tendre pour nous faire tomber et nous acheter à vil prix à la barre du tribunal de commerce, et se sont battus avec nous.

Nos actionnaires nous ont renouvelé leur confiance et parfois leur soutien, notamment dans les levées de fonds obligataires que nous avons réalisées et que nous continuons à réaliser.

Nous avons également conclu des accords avec de nouveaux  partenaires. Nous avons refinancé des centrales avec 123Venture, construit des centrales avec Krannich et Alter-EnR, réalisé deux films avec iSope, société de communication et de gestion de crise.

S’il est une preuve de notre honnêteté et de notre professionnalisme, qui bat définitivement en brèche l’attitude et le discours de Total visant à me (nous) discréditer, c’est bien le soutien et la confiance de tous ceux que j’ai cités, alors que l’environnement était devenu hostile et parsemé de vautours.

Ils nous permettent de sortir l’ensemble des sociétés des procédures collectives avant la fin du premier trimestre, et de construire une trentaine de projets supplémentaires.

J’ai toujours dit à mes collaborateurs que mes objectifs dans Sun’R étaient :

  1. De faire une société à dimension humaine où chacun puisse s’épanouir et trouver sa place dans un projet collectif qui ait du sens ;
  2. D’atteindre l’excellence industrielle pour nos constructions ;
  3. De lancer, via par l’exploitation de nos centrales sur 30 ans, des programmes de recherche et d’innovation dans une vision définitivement débarrassée de ces approches de court terme qui tuent les hommes et la planète à petit feu.

Le premier objectif que nous avions perdu en juin, me semble en passe d’être retrouvé.

Pour le second, je constate que, premièrement, Sun’R est reconnu pour construire des centrales de grande qualité, à tel point que beaucoup de concurrents se réclament de Sun’R, et deuxièmement, nous sommes aujourd’hui capables – avec nos partenaires – de construire une centrale photovoltaïque ainsi que son bâtiment, en deux mois seulement, même en plein hiver, contre 7 à 8 mois il y a un an.

Pour le troisième objectif, après ces 6 derniers mois de fonctionnement au jour le jour, je compte bien que l’année 2012 soit celle du redémarrage de nos programmes d’innovation et de recherche dans une ambiance d’autant plus sereine que le procès contre Total – dont je ne doute pas des conclusions – devrait enfin nous donner justice.

Certes, les difficultés subsistent et sont encore nombreuses. Il nous faut avoir de l’humilité de ne pas crier victoire trop tôt et de continuer à consolider le groupe. Mais le bout du tunnel est maintenant visible et les obstacles moins nombreux.

S’il faut que je formule un dernier souhait pour cette nouvelle année, c’est celui de la prise de conscience en France que le solaire est une énergie aujourd’hui compétitive par rapport au nucléaire, ou du moins sur le point de l’être.

Bonne année donc.

Nucléaire, to be or not to be…

Il est malheureux de voir que le débat énergétique se cristallise autour du nucléaire et des lobbys – pour ou contre – largement partisans et politiques, aux dépens d’un vrai débat sur l’énergie en France.

Je citerai deux exemples :

D’une part, fleurissent les opinions sur le coût de la sortie du nucléaire, à l’instar de l’article de ce week-end sur le Figaro Magazine.

Il y est dit pêle-mêle que le coût de sortie du nucléaire est exorbitant, que les énergies renouvelables ne sont qu’un ersatz d’énergie incroyablement chère, et enfin il est rappelé que la France est un des champions des énergies renouvelables avec 15% d’électricité renouvelable produite sur son sol contre 20% en Allemagne…

Sur ce point c’est oublier que la grande hydraulique (écartée en général, sauf en France, de la dénomination usuelle « renouvelable » pour ne pas biaiser les statistiques des énergies renouvelables décentralisées) compte en France pour 12% et moins de 3% en Allemagne. Ainsi les autres énergies renouvelables ne représentent que 3% en France (0,1% pour le solaire) alors qu’en Allemagne elles représentent près de 18% de la production énergétique (3% pour le solaire).

Par ailleurs c’est oublier que la plupart des centrales nucléaires arrivent en fin de vie et qu’il faudra bien les remplacer sous peu. Ainsi le coût du nucléaire (dans une vision prospective) doit désormais intégrer non seulement le coût des centrales nouvelles à construire mais également le coût de démantèlement des centrales en fin de vie, sans compter le coût de retraitement et d’enfouissement des déchets dont tout le monde s’accorde pour dire qu’il est largement sous-évalué.

Et il est à comparer au coût d’investissement sur les 15 à 20 ans qui viennent, des technologies renouvelables (éolien, solaire, biomasse).

Dans cette perspective, il n’est pas certain que le nucléaire puisse continuer de garder son statut de champion. Je suis même certain du contraire.

Le coût de l’EPR de Flamanville (1,4 GW) dépasse les 6 milliards d’euros. Certes, on dira que c’est un prototype et que les prochains seront moins chers. Pas sûr : l’EPR finlandais a coûté à peu près le même prix, et ce n’est pas terminé. Par ailleurs il faudra bien démanteler les installations actuelles et je suis curieux de connaître la facture.

Dans le même temps, l’électricité solaire est sur le point d’atteindre la parité réseau avant la fin de la décennie.

Encore une fois, regarder le coût à l’instant T comme le fait le journaliste du Figaro Magazine, est sans nul doute une erreur qui décrédibilise l’industrie nucléaire française.

Pour enfoncer le clou, tordons le cou à 2 affirmations assénées par la journaliste du Figaro Magazine :

1. Selon elle, ce serait le consommateur qui paie in fine la facture, preuve en serait que les allemands paieraient leur électricité deux fois plus cher que les ménages français. C’est oublier un peu vite que EDF a réclamé au printemps une augmentation, de près de 12% par an des tarifs de l’électricité, et ceci pendant 5 ans. Au final, il n’est pas certain que le prix de l’électricité française reste durablement en-deçà de celle des autres pays européens (au fait cela cacherait-il quelques surcoûts mal provisionnés de la part de EDF ?) De plus, le consommateur français dispose de gisements d’économies d’électricité (isolation, lampes basse consommation, maîtrise de l’énergie) sans rapports avec l’Allemagne : un ménage français consomme 20% d’électricité de plus qu’un ménage allemand…

2. La comparaison en emplois du nucléaire et des énergies renouvelables avancée par la journaliste est elle aussi fantaisiste. Selon elle les énergies renouvelables, plus intenses en emplois directs ne généreraient presque aucun emploi induit tandis que le nucléaire, moins intense en apparence, générerait une multitude d’emplois induits. J’attends vivement la démonstration. Voici la mienne : les 0,1% d’électricité solaire française ont généré en France 30 à 40 000 emplois directs (dont 25 000 détruits depuis 12 mois, pour cause de revirement réglementaire), et ont entraîné, j’en suis témoin, au moins autant d’emplois induits dans le bâtiment, les bureaux de contrôle, les architectes et tous corps de métiers connexes.  Il est difficile de faire mieux.

D’autre part, les partisans du nucléaire s’évertuent à défendre le fait que, objectivement parlant, le nucléaire est aujourd’hui plus sûr que la plupart des autres formes d’énergie.

Je crois humblement que le débat d’ingénieurs (j’en suis un) sur la rationalité de cette forme d’énergie n’est pas le bon.

Entendons nous bien : en bon ingénieur polytechnicien bercé par les grands chantiers nationaux et nourri aux grands corps d’Etat, je suis favorable à ce qu’une part significative de notre mix énergétique reste réalisée en nucléaire, et je souscris au fait qu’objectivement le risque nucléaire reste faible, même si je déplore l’opacité terrible et suicidaire de la filière nucléaire française et son acharnement à ne pas vouloir de débat objectif et serein.

Mais il me semble que le débat n’est pas tant de savoir si l’énergie nucléaire se justifie mais seulement si elle est acceptable par nos populations. Du moins tant que l’on continue de vivre en démocratie.

En d’autres termes : est ce que la population française, locale et nationale, acceptera aujourd’hui et demain la construction d’une nouvelle centrale nucléaire sur son sol, près de chez soi, après les accidents de Tchernobyl et Fukushima ? Telle est la question.

Il me semble que la réponse a été donnée par les autres pays européens qui ont eu le courage de soumettre cette question à leurs opinions publiques (Allemagne, Italie, Belgique,…).

Aujourd’hui, la réponse me semble être de toute évidence, « non ».

Demain, dans 5, 10, 20 ans, la probabilité que le « non » reste un « non » me semble extrêmement élevée. Areva et EDF auront beau travailler au corps l’opinion publique française et « remonter la pente », le moindre accident mondial, même mineur, fera à nouveau plonger les opinions et éloignera la perspective d’un redémarrage nucléaire fort comme cela a été le cas dans le passé avec Tchernobyl (qui a anéantit pendant 15 ans la filière nucléaire mondiale) et aujourd’hui Fukushima.

A minima par souci de gestion (on dirait en anglais, « mitigation ») de ce risque d’opinions publiques, et pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, une sortie programmée du nucléaire me semble donc absolument nécessaire et inévitable.

Reste à faire en sorte de développer les énergies renouvelables qui sont la seule alternative de production d’électricité sans CO2.

La crise des Panneaux

Ce matin paraissent différents  articles (Les Echos, Le Figaro) sur la crise actuelle que traverse le photovoltaïque.

Serait en cause un dumping chinois et une surproduction mondiale, liée à la fois à la crise financière (baisse de la demande), à la fois au resserrement drastique des tarifs d’achat  des pays européens (pression sur les prix et baisse de la demande) et enfin à une hausse de 60% des capacités de production.

Ainsi plusieurs acteurs ont vu leurs comptes passer dans le rouge : l’allemand Qcells, l’américain SunPower (groupe Total), le norvégien REC, voire, pour d’autres, ont déjà déposé le bilan.

Si le diagnostic me semble juste,  il me semble que l’on peut tirer plusieurs enseignements de cette situation.

Premièrement, on ne peut à la fois reprocher à la technologie photovoltaïque d’être plus chère que les autres technologies de production d’électricité  (nucléaire, fossile, ou renouvelable) et se plaindre d’un effondrement des prix du solaire, fût ce au détriment d’une industrie européenne.

Les détracteurs du solaire – particulièrement puissants en France par le lobby nucléaire, Henri Proglio en tête pour ne pas le citer  – n’ont cessé de reprocher ces dernières années au solaire de n’être pas compétitif et d’importer les panneaux de Chine.  Ce faisant ils ont été à l’origine de campagnes visant à décrédibiliser le solaire, en brandissant la menace d’une explosion de la CSPE, avec souvent la plus parfaite mauvaise foi. Ce qui a provoqué la panique du gouvernement et les stop-and-go réglementaires désastreux que nous avons connu. Le paradoxe est qu’ils ont contribué avec leurs homologues allemands, anglais, italiens, espagnols, à accélérer la désagrégation de l’industrie européenne des panneaux (au profit des chinois) et ont fortement accéléré la baisse des coûts…  Ce qui inévitablement provoque une accélération de l’avènement de la parité réseau. Au prix (fort ?) d’une industrie bientôt exclusivement asiatique.

Si l’on se projette un tant soi peu, l’on s’aperçoit que le coût d’un système photovoltaïque se rapproche de 2€/Watt installé, ce qui revient pour une installation de taille moyenne intégrée au bâti (de quelques centaines de kWc) , après prise en compte des frais d’exploitation et de maintenance, en France métropolitaine,  à un prix du kWh produit de l’ordre de 16 c€.

Ce type d’installations raccordées directement sur le réseau de distribution près des points de consommation, ne se compare pas bien évidemment aux coûts de production de l’électricité centralisée de très grande puissance qu’il faut transporter sur de longues distances, mais se compare aux coûts de l’électricité distribuée. Partant de ce constat, et après prise en compte des hausses annoncées de 12% par an des tarifs de l’électricité, la parité réseau sera atteinte d’ici quelques années et bien avant la fin de la décennie.

Voilà donc une réalité qui contredit les militants d’arrière garde de l’énergie centralisée. On objectera non sans raison, que l’électricité photovoltaïque doit pouvoir se coupler avec le stockage de l’énergie. Or, en France, la grande hydraulique représente une formidable source de stockage largement utilisée par EDF, et se marie très bien avec les énergies intermittentes, du moins dans la limité des capacités de stockage qu’elle offre, qui pour l’instant sont sans commune mesure avec la capacité installée des énergies intermittentes. Cela laisse une possibilité de multiplier par 30 à 50 la capacité actuelle du photovoltaïque dans l’hexagone avant que l’on vienne saturer nos capacités de stockage.

Deuxièmement, la disparition de l’industrie européenne du solaire est elle une fatalité et est elle regrettable ?

Très large question dont nous ne pourrons faire le tour en quelques lignes. Je voudrais juste donner quelques éléments de réflexion.

 D’une part, nous pouvons dresser le constat que la quasi-totalité des ordinateurs, des téléphones portables, des téléviseurs, des jouets, des teeshirts sont aujourd’hui fabriqués en Asie. Cela n’émeut plus grand monde dans la mesure où, pour tel secteur, il est considéré comme à faible valeur ajoutée et sa délocalisation n’est pas une honte (textile), et pour tel autre secteur, le savoir-faire et la propriété industrielle des composants restent largement propriété des pays développés (microprocesseurs, par exemple). Mais pour combien de temps ? Dans ces réflexions, pas ou très peu de considérations de contenu en emplois mais uniquement de contenu de valeur ajoutée. Or, à l’heure de la raréfaction du travail, de la désindustrialisation massive de nos pays occidentaux, il serait peut être temps de se poser la question de l’emploi. Dans ce contexte, la délocalisation de l’industrie des panneaux n’est qu’un phénomène parmi d’autre, dont il serait hypocrite de se plaindre sans remettre en cause plus largement le devenir de nos industries. Dit autrement nous l’avons bien cherché et bien voulu. Le sort de l’automobile se posera de la même façon dans 5 ou 10 ans (il a même commencé à se poser car les constructeurs délocalisent largement en Asie).

D’autre part, le France est un pays qui se gargarise de ses champions nationaux (EDF, Total, Veolia, PSA, Renault-Nissan, Arcelor-Mittal etc.) sans se préoccuper de ses PME, et sans se préoccuper de la façon dont nos champions produisent. Or force est de constater que l’unique objectif de ces grands groupes est de croître en augmentant leurs profits quitte à délocaliser largement leur production (et leurs sous-traitants) dans des pays asiatiques. Ainsi la part produite – en valeur – sur le sol français diminue continuellement pour ces groupes. Certains d’entre eux ne paient du reste aucun impôt, tel le groupe Total, dont l’exemple est édifiant : l’investissement que le groupe vient de faire dans SunPower bénéficiera uniquement aux Etats-Unis, et contribue déjà à détruire le tisu des PME françaises : Sun’R, ma société, mise à mort délibérément par Total, mais également Tenesol  cédé aux américains. Nous ne sommes pas les seuls : Total, aidé de Veolia, est en train de mettre à mort délibérément et activement le dernier fabricant européen (français) d’huiles recyclées (Ecohuile) avec les procédés les plus odieux.

Ainsi, le sort des PME françaises – les plus contributrices en emplois – ne peut qu’être morose face à une mondialisation à laquelle participent très largement les soi-disant champions nationaux.

Enfin, si l’on veut voir le verre à moitié plein, il faut réaliser que les panneaux ne représentent aujourd’hui que 30% du coût d’un système photovoltaïque. Il n’y a donc pas lieu de croire que le savoir-faire européen du solaire est mort avec la délocalisation de la fabrication des panneaux en Asie. En termes de contenu en emplois, la partie systèmes (onduleurs, câbles, installation, systèmes d’intégration, assurances, maîtrise d’ouvrage) représente même plus de 80% du contenu en emplois direct et indirect d’une installation solaire.

Ce sont ainsi 25 à 40 000 emplois qui ont été créés dans le solaire photovoltaïque en France ces dernières années, principalement dans l’installation, le développement, ou la production d’électricité, mais très peu (quelques centaines) dans la fabrication de panneaux.

Rapportés au kWh produit, c’est infiniment plus que le nucléaire dont le contenu est environ 10 fois moindre. Au passage, déminons définitivement l’annonce de Proglio qui annonce la perte de 1 million d’emplois en cas d’abandon du nucléaire. Non seulement le chiffre est erroné mais la quasi-totalité de ces emplois sont des électriciens, génie-civilistes, ingénieurs, tout à fait à même de se reconvertir demain matin dans une filière renouvelable fortement plus créatrice d’emplois.

Ainsi si l’on peut amèrement regretter cette délocalisation asiatique, pourtant inéluctable dans le système actuel mondialisé que nous avons souhaité, nous ne manquons pas d’opportunités pour développer des PME innovantes sur notre sol, capables ensuite d’exporter leur savoir-faire  à l’extérieur de nos frontières.

Troisièmement, que peut-on faire pour le secteur photovoltaïque français et européen ?

Il serait temps de se rappeler que le développement de toutes les infrastructures, notamment énergétiques,  a nécessité un soutien initial de la collectivité. Tel a été le cas pour le charbon puis le pétrole au début du 20ème siècle. De même, les campagnes françaises ne seraient pas équipées du réseau électrique si  les villes n’avaient pas supporté le coût d’électrification des campagnes.

Regarder à l’instant T la compétitivité de telle ou telle filière n’a pas de sens si l’on n’intègre pas deux notions élémentaires : tout d’abord la perspective à long terme de la technologie – en termes de compétitivité mais, nous l’avons déjà dit, d’emplois, puis l’intérêt national (le « service public »).

J’avais pu démontrer en 2003, lorsque j’élaborais le schéma directeur des énergies renouvelables de la Tunisie, que la rentabilité d’une filière – en l’occurrence la filière éolienne – pouvait être positive malgré des tarifs de rachat supérieurs aux tarifs en vigueur à l’instant T. Le raisonnement était le suivant : en développant de façon volontariste une capacité d’installation de telle technologie sur son sol, et en structurant un secteur national (même dans le cas où les turbines sont produites ailleurs), le pays se dotait de la capacité à développer bien plus rapidement ce secteur dès lors que la parité réseau était atteinte quelques années plus tard, par comparaison au scenario « passif » dans lequel il ne développait le secteur qu’au moment de la parité réseau.  Le bénéfice (la rentabilité) qu’il en tirait était largement positif.

Dit autrement, pour prendre un exemple pédagogique, développer de façon volontariste 20 000 MW solaires de façon « non compétitive » en France permettra demain,  d’en installer 100 ou 200 000 une fois la parité obtenue. Si l’on attendait passivement la parité réseau pour engager un programme solaire, la capacité d’installation serait amputée significativement et ce ne seraient peut être que 20 000 MW qui pourraient être installés alors dans la même période. Le premier scenario, d’un point de vue strictement financier,  est infiniment plus rentable que le premier, sans compter le bénéfice en emplois et en industrie créé.

C’est un raisonnement que connaissent bien toutes les utilities et l’Etat puisqu’il a présidé comme je l’ai dit au développement de toutes les infrastructures énergétiques. Je me souviens d’un excellent papier rédigé par feu Bernard Rogeaux, ami proche et conseiller en prospective au sein de EDF, qui sur la base d’un raisonnement similaire, concluait que le nucléaire, du fait de l’absence de compétences développées ces dernières années dans le monde, ne pourrait pas amorcer un redémarrage rapide en mesure de maintenir sa part dans le mix énergétique mondial.

Conclusion : développer le solaire en France et en Europe ne peut être qu’une opportunité pour autant qu’elle ne devienne pas l’apanage des grands groupes et qu’une certaine vision énergétique se dessine chez nos dirigeants.

En pratique que faut-il faire ? Je suis personnellement favorable à une réglementation stricte sur le bâti, liée au droit de la construction et au droit de l’urbanisme afin d’éviter les erreurs commises dans le passé : trop de projets factices, .mal intégrés, rénovation de toitures pourtant neuves ou quasi neuves. Le tarif d’achat ne serait alors plus le seul instrument utilisé, quand pour le moment il est devenu pervers : incitation à utiliser de la main d’œuvre étrangère, faible créativité, course en avant suicidaire d’acteurs exsangues.

Également il faut une politique axée et centrée sur les PME, incitant les grands groupes à développer le tissu des PME nationales au lieu de les tuer, en les sanctionnant le cas échéant.

Enfin, mais c’est un projet plus global ne concernant pas seulement le solaire, limiter la concurrence chinoise par des barrières ne peut être qu’une bonne chose pour nos industries à condition de ne pas se contenter des produits finis (panneaux) mais aussi et surtout des produits intermédiaires (wafers, cellules, voire silicium).

Je ne vois qu’une taxe carbone – sur laquelle je milite depuis longtemps – pour remettre un peu d’ordre dans le bazar de la délocalisation et de la mondialisation.